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Entretien avec Jérôme Sabourin csc

18 août 2010
Nicolas Fournier

Entretien avec Jérôme Sabourin csc

Depuis quatre semaines Jérôme Sabourin csc tourne la série TRAUMA avec la première caméra “Alexa” de la maison Arri au Canada, propriété de VidéoMTL. Lui et moi avons pris connaissance concrète du projet Alexa il y a un an par le biais de Sébastien Laffoux de Arri Canada. Nous sommes montés à bord immédiatement, avec toute l’excitation et l’enthousiasme que cela implique. Nous avions confiance, et aujourd’hui nous sommes loin d’être déçus!

 

Entretien avec un directeur-photo pas comme les autres, et qui n’a pas peur de plonger pour innover.

 

NF: Depuis quelques semaines déjà que tu utilises cet outil innovateur qu’est la caméra numérique “Alexa”: qu’est-ce qui te frappe d’abord?

 

JS: Alexa est une caméra assez spéciale: elle possède une latitude de pose comparable au film et même supérieure si on considère qu’un scan 35mm en 2K Di ne permet que 12 stops de latitude de pose: la technologie du capteur Alev de Arri étend la latitude de pose sur 13 1/2stops utilisables; et c’est la première fois que je constate qu’une telle spécification de caméra numérique se reflète dans l’outil  que j’utilise.  Même en situation de sous-exposition extrême le matériel est récupérable car elle ne produit pas de “Block Noise”qui empêche la post-production de nettoyer les zones très sombres comme une sous-exposition sur  la RED one , par exemple.

 

NF: On a fait grand état de la difficulté de mise-au-point des nouveaux capteurs de formats super35 don’t la D-21: qu’en est-il avec Alexa?

 

JS: Alexa est permissive au niveau de la mise au point: la façon de Alexa de scanner en LOOP (1 passe pour les hautes, et une passe pour les basses lumières) permet une exploitation maximale de la bande passante qui se traduit par courbe de foyer très douce qu’on ne connait pas ailleurs en numérique: une certaine mollesse du point est utilisable, au contraire de la F-35 et de la RED one par exemple, qui utilisent un foyer au “Collimateur”, où les détails qui tombent “entre les pixels” sont déclarés inexistants , donc irrécupérables; Alexa elle est capable de les lire. Alexa n’est pas plus” détaillée”, mais la courbe d’interpolation entre les pixels  est beaucoup plus douce.


 

NF: Est-ce que le système Alexa change ta façon de travailler?

 

JS: C’est une caméra qui impose sa façon de travailler. Alexa a été pensée comme un outil de cinéma, pas comme une caméra vidéo: jusqu’à maintenant on faisait tout, en numérique pour réduire les contrastes, faute de latitude de pose: avec Alexa il faut “contraster” l’image étant donnée sa plage dynamique étendue: on pourrait comparer Alexa vs autres technologies numériques au négatif vs positif.

De plus, la sensibilité nominale de 800 ISO de Alexa et sa faculté de la pousser à 1600 ISO sans dégradation majeure de l’image permet de voir des détails et des contrastes que même l’oeil humain ne peut percevoir: on s’apercoit avec Alexa que l’oeil s’adapte de façon sélective aux contrastes: une scène qui nous parait très contrastée l’est, au niveau perceptuel, beaucoup moins sur l’image captée par la caméra. Et la plage dynamique est telle que nous pouvons maintenant créer une atmosphère avec de simples “praticables”, ce qui change notre façon d’éclairer, de concevoir notre “package”-éclairage.

La sensibilité de Alexa est quasi problématique lorsqu’on tourne à l’extérieur: bien que nous puissions baisser l’ISO à 400 ou 200, nous voulons rester à 800 dans le but de jouir de  la dynamique maximale (13.5 Stops de latitude à 800, mais 12 Stops à 200!!!) : nous nous retrouvons avec une salade de filtres à densité neutre. De ce côté, il y a place à l’amélioration: un système de filtres aimantés qui pourraient se placer dans la culasse derrière l’objectif, comme chez Panavision.

 

NF: Je sais que tu n’était pas friand de la D-21 au point-de-vue ergonomique: qu’en est-il avec Alexa?

 

JS: Alexa est moins carrée et plus légère: dont le poids est mieux regroupé vers l’avant de la  caméraet non vers l’arrière comme en D-21, ce qui permet un positionnement nodal plus compact sur les appareils motorisés, et qui par rapport au poids demande évidemment moins de puissance à ces appareils.

De plus, en mode “Studio” avec un zoom on se retrouve avec une caméra moins longue et plus maniable.  Et à l’épaule, le facteur poids et longueur, donc inertie, est très agréable!

Un autre facteur ergonomique très important et non le moindre: le viseur.  En mode “film”, le viseur est un élément de support: car la tête joue un rôle dans un mouvement de caméra.

Ça fait une grande différence lorsque l’opérateur peut s’appuyer solidement sur le viseur lors de mouvement en tête fluide ou à l’épaule, ce qui n’est pas le cas en F-35 par exemple.

On peut même prendre la caméra par le viseur!!! Ça fait en sorte que le style de tournage devient beaucoup plus “film” malgré le fait que ce soit un viseur électronique. Viseur électronique d’une qualité inimaginable hier encore, avec un temps de réponse virtuellement “real time”.

 

NF:Pas par le viseur s'il-te-plait !

      Concernant l’enregistrement en LOG C et le monitoring subséquent, qu’en penses-tu?

 

JS: Évidemment, nous travaillons présentement sur une version “Beta” du logiciel d’enregistrement, et toutes les fonctions ne sont pas encore opérationnelles (enregistrement “on-board” et enregistrement sonore, entre-autres), mais tout se passe sans anicroches. On peut pour l’instant visionner les images sur une LUT REC709, qui donne un très bon jugement de l’espace couleur et des contrastes d’ailleurs, et qu’on peut appliquer dans le viseur et/ou dans le moniteur avec une acuité et une fidélité de concordance sans égal à ce jour. Nous pourrons très bientôt appliquer diverses LUTs au choix du directeur –photo pour s’approcher encore un peu plus du produit final.

 

NF: Tu m’as signifié que Alexa allait “tout changer”: qu’en est-il?

 

JS: On est toujours insécure lors d’un tournage; c’est souvent le chaos. Mais au niveau de la facilité d’opération, de la solidité, de la tolérance, de l’acuité visuelle, il y a peu de choses à surveiller: on pourrait dire que Alexa fait tout bien et bien mieux! Le mot-clé: simplicité.

Depuis quatre semaines maintenant, on peut affirmer que nous n’avons été confrontés à aucune zone grise, aucun doute.

 

NF: Pour finir, quelques commentaires de ta gang?

 

JS: Eh bien, mes assistants sont enchantés de voir que les prises accessoires sont de nature “caméra-film”, ainsi que tout le périphérique, accédant immédiatement dans une zone de comfort connue de par leur formation. On peut aussi adapter des périphériques typiquement “vidéo”, comme une plaque “quick-release”par exemple: rappelez-vous que jusqu’à  la D-21 et Alexa, les caméras numériques devaient adapter le périphérique “film”; c’est maintenant le contraire qui se produit, et c’est plus logique.

Mais surtout, c’est mon Gaffer qui a peur pour son job!!!

Bref, une demie Alexa m’irait; je ne veux plus tourner avec autre chose!!!

 

NF: Merci, Jérôme pour cet entretien; nous en aurons d’autres!!!





 


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